vendredi 7 mars 2008

25 Décembre 1991 : L’empire rouge tombe…

Voila, retour effectif... Et pour (re)commencer, retour il y a 16 ans...

L’histoire retient souvent la fin, rarement le début. On se souvient du 11 Novembre 1918, du 8 Mai 1945, du 9 Novembre 1989, plus rarement du 2 Aout 1914, du 1er Septembre 1939 ou encore du 13 Août 1961. Pourtant, il y a une nation, dont on se souvient plus facilement la création que la disparition… En Novembre 1917, une révolution, lancée par Lénine et Trotski renverse le gouvernement russe de Kerenski, lui-même ayant renversé le tsar Nicolas II en Février. La création de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques suivra de quelques années. Et pourtant, si on se souvient de 1917, la date de la chute de l’URSS est plus souvent oubliée. Date symbolique, si l’on se souvient de la haine des religions de Marx, Lénine ou encore Staline (dans une moindre mesure). 1989 ? 1990 ? Non, le 25 Décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev annonce la dissolution effective d’une Nation sans territoire depuis la sécession orchestrée par Boris Eltsine, un Etat dont Gorbatchev est finalement le seul et dernier représentant. La chute de l’URSS était inévitable. Aurait-elle pu être enrayée, et surtout, quelles sont les raisons de cette chute ? A l’heure ou la Russie de Poutine (bientôt Medvedev...) tente de retrouver son passé glorieux des « grandes heures » du Stalinisme et de la guerre froide, retour sur les raisons de la chute de l’empire rouge.

L’économie soviétique stagne depuis la fin des années 1970. La politique laxiste de Brejnev, très actif à l’international (accords Salt, invasion de l’Afghanistan), mais inexistant en politique intérieure, y est pour beaucoup. Le niveau de vie soviétique baisse progressivement, et celle qui en 1945 dominait l’Europe orientale et une partie de l’Asie, est maintenant derrière la RDA, la Pologne et la Chine en termes de croissance et de niveau de vie. La Chine, justement, s’émancipe désormais de l’Union Soviétique, se proposant comme une troisième voie entre le capitalisme américain et le capitalisme d’Etat soviétique, la rupture est consommée. L’URSS reste cependant maître du monde en terme militaire, mais l’armée ne peut rien faire en Afghanistan… Finalement, le 10 Novembre 1982, Leonid Brejnev décède, après avoir contracté une maladie lors des défilés de célébration des 65 ans de la révolution russe – à l’instar de Gottwald, premier secrétaire du PC Tchécoslovaque, décédé en Mars 1953 a la suite des obsèques de Staline – Lénine devant déjà s’en retourner dans sa tombe depuis quelques années… Le successeur de Brejnev est finalement nommé : ce sera l’ancien ennemi de celui-ci : Youri Andropov. Chef du KGB, Andropov est cependant un modéré : il prône l’ouverture et la réforme économique, le PIB soviétique étant, selon les critères occidentaux, loin derrière le Japon et la RFA. Malheureusement, Andropov se sait malade, et il décède finalement 6 mois après son investiture, non sans avoir tenté d’insuffler des réformes, et non sans avoir favorisé son poulain, Mikhaïl Gorbatchev. Le remplaçant est l’ancien disciple de Brejnev : Konstantin Tchernenko. Il prend ses fonctions de chef du gouvernement le 12 Avril, et dès lors entame une politique conservatrice, le retour à l’époque Brejnev n’est pas loin, mais Tchernenko, tout comme Andropov, est gravement malade, si bien qu’il passe l’essentiel de son règne à l’hôpital. Le fantôme du Kremlin décède finalement à son tour le 10 Mars 1985, 1 an après sa prise de pouvoir, 16 mois jour pour jour après Brejnev. Le lendemain, le PCUS élit son nouveau dirigeant. Décidé à rompre avec la politique des « vieillards » le Politburo élit Mikhaïl Gorbatchev, 54 ans, 20 ans plus jeune que Reagan, président Américain depuis 1981, et qui n’a pas connu les purges Staliniennes (il adhère au PCUS en 1952, un an avant le décès du « petit père des peuples »). Cet homme de la nouvelle génération, lancé par Andropov, va poursuivre la politique de celui-ci, en s’ouvrant à l’occident, puis en lançant une politique ambitieuse de démocratisation. La chute du socialisme, du bloc de l’Est et enfin de l’URSS est entamée, le retour en arrière ne sera plus possible. A peine au pouvoir, il lance deux projets : Le Glasnost et la Perestroïka. Le Glasnost (transparence) consiste à écarter les néo-Stalinistes (successeurs de Brejnev) de la direction du parti, afin de pouvoir mettre en œuvre la seconde partie de son projet : la Perestroïka. La glasnost cependant s’accompagne également de la libération de nombreux prisonniers du goulag, et de la publication de nombreuses archives de l’époque Staliniste (1924-1953). La liberté d’expression est également donnée au peuple, cette mesure à elle seule aurait pu faire s’écrouler l’URSS, d’autant plus si les autres pays soviétiques le faisaient... La Perestroïka (reconstruction), de son côté à pour but de ramener l’URSS vers un socialisme à visage humain, comme le préconisait Dubcek en 1968, à Prague. Les erreurs des collectivisations des années 1930 sont peu à peu réparées, par la redistribution des terres, puis la création d’entreprises privées est autorisée, suivie par l’annonce d’élections libres avant 1995. Cependant, ces décisions sont contraires avec les volontés du Politburo et du PC, attachés à leurs privilèges, et tentant donc par tout les moyens d’empêcher la Perestroïka. De plus, la rapidité des réformes empêche leur suivi, et les effets sont finalement désastreux. Cette « nouvelle NEP » Est un échec, comme la première de 1922. La Perestroïka fait également exploser la corruption, notamment au Turkménistan ou au Tadjikistan. Finalement les réformes sont un échec global, et en 1986 l’URSS subit un nouveau coup dur, principalement à l’étranger (la France aussi, mais pour autre chose…) après l’explosion d’un réacteur de la centrale Lénine de Tchernobyl. Finalement, le visage de l’URSS ne change pas, aussi, pour tenter de régler la crise en URSS uniquement, et non dans l’ensemble du bloc de l’Est, et aussi pour éviter que la révolte des ouvriers Polonais de Danzig, débutée en 1981 ne se finisse dans le sang, Gorbatchev décide en 1989 d’accorder une véritable indépendance aux pays « frères » Européens. L’URSS n’intervenant plus dans la politique de ses anciens satellites, c’est la Hongrie, comme en 1956, qui est la première à mettre un terme au socialisme, en ouvrant ses frontières, puis en instaurant un régime démocratique. Suivront la Pologne, la RDA en Novembre (chute du mur de Berlin), la Tchécoslovaquie et l’Albanie dans la paix et enfin en décembre, la Roumanie, dans la violence (exécution de Ceausescu en décembre). La République Populaire de Bulgarie chute à son tour en 1990. En Asie, la Mongolie s’émancipe également. Gorbatchev, retire ses troupes d’Afghanistan en 1988, le régime pro-Moscou ne tiendra pas longtemps. Désormais, le leader soviétique peut s’occuper de son pays, et le 12 Juin 1990 sont organisées des élections libres. Le grand vainqueur est Boris Eltsine, nouveau président de la RSFS de Russie. Le 3 Décembre, la propriété privée est reconnue, et les pays baltes déclarent leur indépendance, la tentative de l’armée rouge de reprendre le contrôle des 3 républiques est un échec complet. Désormais discrédité, Gorbatchev tente de reprendre le contrôle de l’Etat, en tentant de supprimer le rôle (non négligeable) du président Russe, Boris Eltsine. Gorbatchev est victime d’un putsch des néo-Staliniens en Aout, et il est assigné à résidence. Le retour à l’ordre ne sera rétabli que grâce à Boris Eltsine, sorti du parlement russe assiégé pour venir s’exprimer sur un char. Le 21 Août, le putsch est écrasé, et le 23 Gorbatchev est humilié par Eltsine, en public, celui-ci demandant l’interdiction du PCUS et l’arrestation de ses principaux membres, tous les ministres (sauf un) ayant soutenu le putsch... Eltsine organise un véritable coup d’Etat en interdisant le PC en Novembre, et le 8 Décembre, l’Union Soviétique explose, les représentants des républiques soviétiques de Russie, de Biélorussie, d’Ukraine, de Moldavie, de Géorgie, d’Arménie, d’Azerbaïdjan, du Kazakhstan, d’Ouzbékistan, du Turkménistan, du Kirghizstan et du Tadjikistan déclarent l’indépendance des républiques citées précédemment. Mikhaïl Gorbatchev est désormais le dernier citoyen de l’union Soviétique, et finalement, le 25 Décembre, il prend la parole à la télévision. Il démissionne de son poste de président de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. C’en est fini, du rêve de Lénine, c’en est fini de la guerre froide :

« Chers compatriotes, concitoyens. En raison de la situation actuelle, en raison de la création d’une nouvelle Communauté des Etats Indépendants, je mets fin à mes fonctions de président de l’URSS. »

Les erreurs de Gorbatchev sur le plan économique vont provoquer la chute de l’Union Soviétique, à tel point que Gorbatchev est l’un des dirigeants Russe les moins apprécié de l’histoire chez lui (avec… Eltsine), alors que l’occident reconnaît la fin de la guerre froide grâce à lui. Ce qui devait arriver arriva, 74 ans après la chute de l’empire russe, l’empire soviétique tombe à son tour. En faillite économique dès sa création, l’empire soviétique devait survivre 74 longues années… La guerre froide est finie, l’Allemagne réunifiée, mais le monde n’est pas pour autant sécurisé. La fin du blocage, conséquence de la fin des deux blocs, a fait surgir de nouveaux dangers, de l’Iran au terrorisme international. Cependant, alors que la liberté est de plus en plus souvent remise en question dans les anciennes républiques soviétiques, dans lesquelles se sont souvent des anciens pontes du PC qui sont au pouvoir, et quelques jours après les élections présidentielles russes, on est en droit de se demander si la guerre froide et les méthodes soviétiques sont véritablement enterrées…

Nota : Boris Eltsine est décédé le 23 Avril 2007 à Moscou.

Credits photos :

Affiche Lenine : http://rosenblumtv.files.wordpress.com/

Yuri Andropov : http://www.airliners.net/

Mikhaïl Gorbatchev : http://www.diplomatie.gouv.fr/

Chute du mur de Berlin : http://www.dradio.de/

Elstine et Gorbatchev, 23 Août 1991 : http://www.radio-canada.ca/

Poutine & Medvedev 2008 : http://www.rfi.fr/

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