vendredi 17 avril 2009

Avril 1940, la route du fer suédois...

Retour des notes, par un article, en deux parties, sur un évènement aujourd’hui oublié, celui d’une guerre d’origine économique, qui fit 9 000 morts d’Oslo à Narvik… Retour sur la campagne de Norvège, d’avril 1940.


En Avril 1940, en pleine « drôle de guerre », alors que la Pologne vit le joug nazi depuis quelques mois, et alors que la Finlande et l’Union Soviétique ont achevé leur conflit, les alliés Franco-britanniques décident d’une action commune en Norvège, afin de couper l’Allemagne Nazie de son approvisionnement en minerais. Pour cela, les alliés doivent occuper le port de Narvik, au nord du territoire du roi Haakon VII. S’en suivra l’intervention des forces Allemandes en Norvège, et l’occupation du territoire par la Wehrmacht… En quelques jours, l’enjeu économique du minerai suédois, deviendra un enjeu politique, pour la survie de la Norvège.


Séparée de la Suède depuis 1905, la Norvège est restée neutre durant toute la première guerre mondiale, malgré de nombreuses pertes maritimes dues à la guerre sous-marine. Ainsi, le 1er Septembre 1939, le pays, l’un des premières puissances maritime commerciale de l’époque, proclame à nouveau sa neutralité, imité le lendemain par son voisin Suédois. Ainsi, jusqu’au printemps 1940, le pays semble hors du conflit, refusant même durant la guerre d’hiver russo-finlandaise, de laisser des troupes britanniques transiter sur son territoire vers la Finlande. En février, la Grande-Bretagne viole la neutralité Norvégienne, pis le 12 mars 1940, le cabinet de guerre britannique décide d’envoyer un corps expéditionnaire en Norvège, à destination de la Finlande. La capitulation finlandaise face à l’armée rouge, le même jour, entraîna de fait, l’annulation de l’opération, y compris les opérations de minage. L’objectif de ces minages était d’empêcher les navires de commerce Allemands d’acheminer le fer suédois, indispensable à l’Allemagne du port norvégien de Narvik au Reich.L’Allemagne de son côté, prépare depuis Novembre 1939, une invasion de la Norvège, avec la possibilité d’une action simultanée contre le Danemark. Face au risque d’une occupation Britannique de la Norvège, et face à la politique angliciste Norvégienne, Hitler décide de mettre en œuvre ce plan, baptisé Weserübung (exercice sur la Weser, du nom d’une rivière occidentale Allemande), approuvé le 1er Avril 1940. Deux jours plus tard, au Royaume-Uni, un remaniement gouvernemental fait entrer au poste de ministre de la défense le plus ardent défenseur du minage des côtes Norvégiennes, Winston Churchill, alors qu’en Allemagne, les premiers navires à destination de la Norvège appareillent.Les préparatifs pour la guerre commencent. Le 5 Avril, Churchill convainc Chamberlain, premier ministre Britannique, d’envoyer un corps expéditionnaire occuper Narvik, avec l’aide de la France. Ainsi, les alliés envoient une note au gouvernement Norvégien, menaçant celui-ci de couper le transfert des ressources à l’Allemagne transitant par la Norvège. Le 7 Avril, les troupes de débarquement allemandes quittent leurs bases (Wilhelmshaven, Lübeck…), et sont repérées, entraînant la sortie de la Royal Navy de sa base de Scapa Flow. Dans la journée, la Kreigsmarine décide d’interrompre les opérations sous marines contre les navires de commerce britanniques, et les U-boats sont envoyés défendre la flotte de débarquement. Dans la soirée, l’opération Wilfried de minage des côtes Norvégiennes par les britanniques reprend, et en informe le gouvernement de Johan Nygaardsvold dans la matinée du 8 Avril. Toute la journée, les navires alliés et allemands vont se croiser, se torpiller et se couler .Dans la soirée, un garde-côte norvégien repère la force de débarquement postée devant Oslo. Le garde-côte en question, Leif Welding-Olsen donne l’alerte avant d’être coulé, faisant de lui le premier mort Norvégien de la guerre. Dans la matinée du 9 Avril, avant même la déclaration de guerre, les premiers combats ont lieu, mais la batterie côtière est impuissante. Toute la matinée, les troupes Allemandes débarquent à Oslo, Kristiansand, Bergen, Sola, Trondheim et Narvik.

Le Danemark est également envahit à 4h15 et capitule à 6h20, ce 9 Avril 1940, après la mort de 16 soldats. Copenhague sera entièrement sous contrôle Allemand le lendemain. En Norvège, la situation est également satisfaisante pour la Wehrmacht, puisqu’à 14h, toutes les villes principales ont capitulé, à l’exception d’Oslo, où l’armée Allemande est retardée. Le roi et le parlement, ont, de leur côté fui au nord d’Oslo. Dans la soirée, le parlement Norvégien défère tous les pouvoirs au gouvernement, il ne se réunira à nouveau que 5 ans plus tard… Plus tôt dans la journée, le leader nazi norvégien Vidkun Quisling avait annoncé prendre la direction du gouvernement, il est désavoué par le roi dans la matinée du 10 Avril. De leur côté, les forces Allemandes s’emparent de la capitale Norvégienne, et réclament la capitulation du pays, proposition rejetée par Haakon VII, lequel refuse de voir Quisling nommé premier ministre. Plus au nord, Narvik, capturée la veille par la Kriegsmarine, est la cible d’une contre-attaque navale britannique. Lors de cette première bataille de Narvik, 5 destroyers alliés entrent dans le fjord, et bombardent la flotte allemande, stationnée par manque de ravitaillement, coulant 7 cargos et 2 destroyers, les britanniques perdant deux navires. Le lendemain, 11 avril 1940, les Allemands lancent une offensive depuis Oslo, dans le but d’assurer la jonction des différents éléments terrestres, dispersés sur tout le territoire, le général Nikolaus Von Falkenhorst réussissant à effectuer la jonction avec les troupes de Trondheim le lendemain. Ce 12 avril, une partie de la force de débarquement Allemande parvient –presque– sans encombre à rejoindre ses ports d’attache.

A Narvik, principal objectif allié et allemand, les combats reprennent le vendredi 13 avril. Ce sont désormais 9 navires britanniques qui prennent le contrôle du port, tandis que la Royal Air Force endommage sérieusement les défenses côtières. A court d’armement, les détachements de la Wehrmacht sabordent les installations, sans pour autant retraiter. Malgré tout, la situation reste mauvaise pour les alliés, puisque l’armée Norvégienne équipée de matériel dépassé, en déroute, est rattrapée par l’armée Allemande moderne, progressant vers le nord. La plupart des soldats Norvégiens décident de rendre les armes aux autorités Suédoises, et de se faire interner dans ce pays neutre. Entre Oslo et Trondheim, des parachutistes allemands, après avoir raté leur objectif, sont victimes de contre-attaques violentes mais avortées, de la part des restes de l’armée Norvégienne. Face au risque d’une débâcle, deux nouvelles divisions Allemandes arrivent à Oslo et Trondheim le 15 avril. Le lendemain, les britanniques débarquent au nord de Trondheim, afin de supporter une armée norvégienne qui capitule sans combattre au nord de Kristiansand. Les 17 et 18 avril, les britanniques débarquent de nouvelles forces, malgré des problèmes logistiques, et l’on assiste aux premiers combats terrestres entre la Wehrmacht et la British Army, de toute la guerre. Les quatre jours suivants, seront, pour les franco-britanniques, le signal d’un début de retraite, interrompu par l’arrivée de renforts le 23 Avril. Le lendemain, face au refus Norvégien de capituler, et face à l’impopularité de Quisling, l’Allemagne déclare exercer le contrôle politique du pays, et nomme Josef Terboven commissaire du Reich pour la Norvège. Toute la journée, les combats se portent sur Narvik, où la garnison allemande est bombardée sans relâche. Durant toute la fin du mois d’Avril, les alliés tentent de retraiter en bon ordre, vers le Nord, afin de prendre Narvik, et de contrôler le port le plus longtemps possible. Les Allemands n’ont ainsi aucun mal à effectuer leur jonction le 30 Avril 1940. Les 2, 4 et 5 Mai, Français, Britanniques et Polonais commencent à débarquer autour du port le plus important du moment, dans l’attente de l’attaque de la garnison allemande, laquelle tient encore, d’autant plus rassurée que les divisions Norvégiennes se rendent les unes après les autres, plus au sud. Dans le même temps, l’action allemande au sud du pays s’achève, et les réserves en or de la Norvège sont rapatriées à Londres. Les préparatifs de l’offensive sur Narvik durent tout le début du mois de Mai, et le 10 Mai, de nouvelles troupes britanniques arrivent...

Dans le même temps, l’Allemagne, ignorant l’immobilisation de quelques divisions en Norvège, envahit la Belgique, le Luxembourg, et les Pays-Bas… Le lendemain, les britanniques annoncent avoir achevé la mise en place d’un vaste champ de mines navales, dans la région de Bergen. Le 13 mai, la Suède, inquiète après les invasions de la Norvège et du Benelux, impose un black-out total, alors qu’aux environs de Narvik, les débarquements alliés se poursuivent. Deux jours après, tandis qu’en France, une percée est crée à Sedan, des troupes parachutistes de la Wehrmacht réussissent à pénétrer dans Narvik pour renforcer la garnison, il en sera de même le 16 Mai. Tandis que l’armée française est sur le chemin de la retraite, après l’entrée de la Wehrmacht dans la Somme, l’Etat-Major Norvégien décide de lancer l’attaque sur Narvik, le 20 mai. L’opération progresse, mais le 24 Mai le conseil de guerre interallié décide de rapatrier tous les soldats après la prise du port, et sa destruction, laquelle avait déjà été entamée par les Allemands à la mi-avril. Cette décision intervient alors que les britanniques peuvent enfin prétendre au contrôle des airs, avec l’arrivée de quelques détachements de la RAF. C’est finalement le dimanche 27 Mai que les alliés lancent l’offensive sur la ville de Narvik proprement dite. Une partie de la ville est prise, et le reste tombe le lendemain, alors que 1 500 allemands encore en état de combattre (sur 5 600 en Avril), prennent la fuite.

Ironiquement, la prise du port de Narvik a lieu alors qu’en France, le port de Dunkerque est le théâtre d’un véritable carnage… Le 1er Juin, après avoir évacué le sud de Narvik, les Alliés préviennent la Norvège de leurs intentions, et le 4 juin, l’opération Alphabet d’évacuation de Narvik et de destruction du port débutent. 24 500 soldats Français, Britanniques, Norvégiens ou Polonais sont embarqués vers l’Angleterre, en une journée. Finalement, le 7 Juin, le roi Haakon VII et le gouvernement norvégiens embarquent à leur tour pour Londres, et le lendemain les dernières troupes alliées quittent le port, avant le retour des troupes du général Eduard Dietl dans la ville, la ville ne sera libérée par les britanniques qu’en 1945. Le 10 juin, la Norvège cesse les hostilités, même si des groupes armés continueront leurs actions jusqu’à la fin de la guerre. Le 11 juin 1940, la Norvège de Terboven et Quisling entrait dans l’ère sombre de l’occupation, après 62 jours de combats…


L’invasion de la Norvège par la Wehrmacht, en 1940, malgré son oubli rapide, puisque se déroulant peu avant le déclenchement de l’opération Fall Gelb d’invasion de l’Europe de l’Ouest, a une grande importance dans l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Première guerre à l’enjeu véritablement économique (en Europe, tout du moins, la guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay la précédent de quelques années), et mettant en jeu, pour la première fois dans l’Histoire, des forces combinées aéroportées, et maritimes, dans le cadre d’un débarquement, l’opération Weserübung également le théâtre de la première confrontation directe entre les alliés et la Wehrmacht, bien que l’issue des combats semble indécise, la plupart du temps. Pour la Norvège, la défaite de 1940 ne signifie pas pour autant la fin de la guerre. Dès 1942, dans la course à la bombe atomique, l’usine électrique de Vermok sera le théâtre d’une opération de destruction alliée, dans la bataille de l’eau lourde. Des pays scandinave, seule la Suède réussira à conserver sa neutralité, au prix d’une collaboration étroite avec l’armée allemande, qui prendra cependant fin en 1943 après la défaite de Stalingrad. Le roi Haakon VII rentrera à Oslo le 7 juin 1945, 5 ans jour pour jour, et 10 262 morts Norvégiens plus tard. Son pays aura été le premier neutre à être envahit, d’autres suivront…

Sources photographiques (de haut en bas)

Haakon VII : http://www.pihl.us/

Carte de l’opération Weserübung : http://fr.wikipedia.org/

Soldats allemands de la Wehrmacht à Oslo, Avril 1940 : http://nobelprize.org/

Forces Françaises à Narvik, mai 1940 : http://worldwartwo.free.fr/

Avions de la Luftwaffe à Narvik : http://jerryofrady.com/

Timbre-poste Français : http://www.ww1-ww2-commemorations.com/

dimanche 14 septembre 2008

Archives Nationales

Un lien, découvert par la visite du Musée de l'Histoire de France :
http://www.culture.gouv.fr/documentation/archim/accueil.html

On y trouve de nombreux fonds d'archives, depuis les Francs.
A voir, donc !

Enfin, je tiens à annoncer - malheureusement - la fin de la gratuité des archives du Times, à compter du 18 Septembre.

dimanche 17 août 2008

Chine : de l’Expédition du Nord à l’annexion du Tibet.

Les XXIXe jeux olympiques ont débuté il y a 10 jours, et en Mars dernier les Tibétains se révoltaient contre la colonisation du Tibet « Autonome » par la Chine Populaire. Une République Populaire de Chine fondée le 1er Octobre 1949, par Mao Tsé-toung (ou Zedong), à l’issue de plus de 20 ans de guerre civile, à la suite de l’unification du territoire Chinois. En réalité, cette unification de la Chine s’est terminée en 1951 par l’annexion du Tibet. En 1927, les Nationalistes du Guomindang et les communistes de Mao combattaient ensemble contre les clans pour unir leur pays, et c’est à l’occasion d’une opération militaire dans le Nord du pays que la rivalité entre Nationalistes et Communistes tournera à la guerre civile, une guerre longue de 22 ans, qui ne sera interrompue que par l’invasion Japonaise de 1937 à 1945.

Le 10 Octobre 1911, la dynastie Qing, qui régnait sur la Chine Impériale, s’effondre, par le travail de sape des puissances occidentales, désireuses de coloniser la Chine, mais aussi de par les seigneurs de guerre, rêvant tous de plus de puissance. A l’aube de la première guerre mondiale (à laquelle elle prend part aux côté des alliés), la République de Chine est divisée. En mars 1912, le territoire encore sous contrôle est dirigé par Sun Yat-Sen, renversé par le général Yuan Shikai, lequel centralise le pouvoir, et s’autoproclame Empereur. Yuan meurt en 1916, et en 1920, Sun reprend le pouvoir, mais la Chine s’était une nouvelle fois divisée entre seigneurs de guerre. En 1925, à la mort de Sun, Tchang Kai-Tchek, son second, prend le contrôle du parti au pouvoir, le Guomindang (Parti National du Peuple), et obtient une alliance avec le Parti Communiste Chinois. Petit à Petit, Tchang réussit à reprendre des territoires aux seigneurs de guerre au sud et au centre du territoire de la République, et en 1927, il tente de reprendre le contrôle du nord. L’Expédition du Nord, censée réunifier la Chine, va dégénérer. Bien que l’Expédition réussisse à rattacher le Nord au gouvernement de Nankin, les divergences entre communistes et Nationalistes sont de plus en plus importantes, et ces derniers (qui ont le contrôle de l’armée) se retournent contre leurs anciens alliés communistes. Ainsi débute la guerre civile Chinoise. En 1931, le Japon envahit la Chine depuis la Corée, et occupe la Mandchourie (jusqu’en 1945), balayant l’armée nationale, laquelle prend malgré tout le dessus sur les communistes, et en 1934, le leader de ces derniers, Mao Zedong est obligé de partir vers le nord-est de la Chine. Il installe son armée à Yan’an. Cette longue marche, qui débute au sud-est, durera près d’un an. Alors qu’il affronte Tchang, Mao doit également faire face à un autre problème : il n’est pas soutenu par l’Union Soviétique. En effet, Staline craint qu’en cas de victoire communiste, Mao ne puisse pas devenir une marionnette du pouvoir Russe. Moscou envoie cependant quelques armes au PCC, tout en soutenant également les adversaires de Mao. Début 1935, Mao est installé de façon définitive à la tête du PCC, et tente d’accentuer la lutte contre Tchang. Cette décision n’est pas acceptée par tous, notamment par Zhang Guato, qui décide de se replier sur la frontière soviétique (dont il a le soutien). Zhang est écrasé par les nationalistes, et doit finalement rebrousser chemin. Ridiculisé, il est très vite mis en marge du PCC par Mao, et en 1938, il déserte avant de rejoindre de Guomindang. En 1937, le Japon, dont les visées impérialistes ne cessent de croitre, envahit la Chine, dans le but d’agrandir son espace colonial. Afin de faire front contre les Japonais (et sur conseil de Staline et Roosevelt), Tchang et Mao décident d’arrêter les hostilités, le temps de la guerre. Même si en apparence le PCC et le Guomindang coopèrent contre le Japon, les premiers collaborent beaucoup avec l’occupant, toujours dans l’espoir de pouvoir renverser le pouvoir en Chine. En 1945, les troupes Américaines, favorables à Tchang envahissent le Japon par la Chine du Sud, alors que les Soviétiques, désormais favorables à Mao (principalement car il est désormais le seul homme capable de prendre le pouvoir en Chine, au nom du Komintern) envahissent la Mandchourie (plus tard que les Américains : Staline déclare la guerre à l’empire Japonais début Août 1945). Avant même la capitulation Japonaise de Septembre 1945 (où la Chine de Tchang est parmi les vainqueurs), la guerre civile reprend, les forces Communistes possédant désormais tout le nord de la Chine. C’est un échec pour les Américains, qui tentaient de mettre fin à la guerre civile, et de créer un gouvernement de coalition. De son côté, Staline préfère ne pas intervenir, les réactions internationales étant déjà vives suite aux élections en Europe de l’Est, et le « petit père des peuples » conservant une certaine animosité vis-à-vis de Mao. Finalement, le 28 Aout 1945, un accord est trouvé : les communistes sont en partie désarmés et rendent une quelques un des territoires occupés, alors que dans le même temps, un gouvernement de coalition est installé. Ce gouvernement n’aura jamais la capacité de fonctionner, la rivalité étant désormais trop importante. La guerre reprend pour la troisième fois le 26 Juin 1946. Cette fois ci se sont les Nationalistes de Tchang qui lancent l’offensive, et comme en 1934, l’avantage est pour ceux-ci. En effet, l’armée de Nankin possède trois fois plus de troupes, ont des camions, le contrôle des grandes villes et l’aide Américaine, et les communistes sont désarmés depuis 10 mois. Pendant 6 mois, les communistes reculent, et en Mars 1947, Yan’an est reprise par le Guomindang. A partir de 1948, la situation s’inverse, et les troupes du PCC reprennent des territoires, Yan’an est évacuée en avril 1948, et les grandes villes sont prises par les troupes de Mao. Le 31 Janvier 1949, Beijing est occupée par le PCC, et Mao y installe son gouvernement. Le 23 Avril 1949, Nankin, capitale de la République de Chine depuis 1912, est occupée, et fin Août, la totalité du territoire continental est sous contrôle du PCC. Tchang s’exile à Taïwan, et le 1er Octobre 1949, Mao proclame la République Populaire de Chine, place Tienanmen à Beijing. En 1950, alors que la guerre est officiellement terminée, les troupes de l’Armée Populaire de Libération (APL) entrent dans Lhassa, au Tibet, sous prétexte de rendre sa liberté au peuple Tibétain, lequel vit encore sous un régime féodal, et font de cet état souverain, une de leurs provinces. En 1959, suite aux révoltes au Tibet, le Dalaï-lama, jusqu’alors gouverneur de la province autonome, est contraint à l’exil en Inde. Aujourd’hui encore, ce même Dalaï-lama, Tenzin Gyatso, vit exilé en Inde, alors que, comme chaque année depuis 1959, les Tibétains manifestent pour obtenir l’indépendance, l’autonomie ou tout simplement plus de libertés, et que, comme chaque année depuis 1959, l’APL répond par la violence.

La volonté d’unification de Tchang Kai-Tchek, pour faire de la Chine un Etat Autoritaire et conservateur sera réalisée par Mao en faisant devenir de la Chine une république autoritaire de modèle Stalinien, puis ultra-capitaliste (?), mais 60 ans après la fin de la guerre civile Chinoise, les conséquences de la proclamation du 1er Octobre 1949 sont encore importantes. Plusieurs régions chinoises réclament leur indépendance (Mongolie-Intérieure, Shanxi et Tibet), et le gel des relations avec la République de Chine à Taïwan (devenue une Démocratie depuis les années 1980) empêchent toute résolution du problème Chinois, alors qu’aujourd’hui, les deux visions de la Chine ne s’opposent plus comme du temps de Mao. L’organisation des Jeux Olympiques en Chine Populaire est une occasion inespérée, tant pour les Tibétains, que pour Taïwan, de se faire entendre. Cependant, depuis les jeux de Mexico en 1968, Moscou en 1980 ou Los Angeles 4 ans plus tard, l’argent a pris encore plus de place dans le sport, en oubliant la condition humaine, des peuples où l’on organise les jeux, et des athlètes eux-mêmes. Aucune voix ne s'est levé et ne se lèvera durant ces jeux, la trêve olympique Grecque est désormais, très loin derrière nous, tant pour le Tibet que pour la Géorgie, la Russie, etc…

(Article du 19 Mars 2008, non publié, édité le 17 Août 2008 (introduction, conclusion))



Note :
Carte de l'Empire Chinois en 1910. En jaune terne, les territoires sous contrôle des seigneurs de guerre (hors Mongolie et Tannu-Tuva). A remarquer : les colonies Européenne (soulignées)



Crédits photos :
Staline et Mao, art officiel : http://brionne.27.free.fr/
Sun-Yat-Sen, fondateur de la Rep. de Chine : http://www.paulnoll.com/
Japonais à Shanghaï, 1937 : http://www.chine-informations.com/
Mao et Tchang http://bruno-birolli.blogs.nouvelobs.com/
Mao proclamant la Rep. Populaire de Chine http://www.sportgeschiedenis.nl/
Smith et Carlos, Mexico 1968 : http://monpetitcinema.blog.lenouvelliste.ch/
Carte de l'Empire de Chine, 1910 : http://upload.wikimedia.org/

mercredi 13 août 2008

Pologne 1946 : Pogrom politique ?

Alors que la seconde guerre mondiale s’est achevée depuis plus d’un an en Europe, que l’Europe se reconstruit lentement, et que les crimes du Nazisme sont connus de tous, en Pologne, le 4 Juillet 1946 va se déclencher le dernier Pogrom Européen, en plein cœur de l’Europe de Staline, en pleine période électorale.


La guerre est finie depuis peu, on reconstruit la Pologne, détruite à 80% par la guerre de 1939, les destructions Nazies, les Ghettos, les insurrections et enfin par les bombardements soviétiques. La Pologne, qui avait longtemps espérée pouvoir devenir une nation démocratique, par son gouvernement en exil de Londres, déchante : l’armée rouge occupe tout le territoire, et n’a pas l’intention de le quitter, tout du moins, pas avant le referendum du 30 Juin 1946 (en plein procès de Nuremberg). Les autorités provisoires Polonaises (constituées de membres des gouvernements en exil de Moscou et Londres) posent 3 questions aux Polonais :

- Êtes-vous pour l’abolition du Sénat ?

- Êtes-vous pour la constitution d’un système économique fondé sur une réforme de l’agriculture, et la nationalisation des industries, tout en préservant les droits à l’entreprise privée ?

- Êtes-vous pour l’expansion du territoire Polonais sur la mer Baltique, jusqu'à la ligne Oder-Neisse ?

Le bloc Démocratique, constitué des 4 partis communistes Polonais, appelle à voter « 3xTAK » (trois fois oui). Le PSL (centre-droit, parti du gouvernement en exil de Londres), appelle à voter non à la première question, tandis que le WiN (droite anti-communiste) appelle à voter non aux deux premières questions. Quand aux derniers partis pro-nazis, ils demandent aux Polonais de voter trois fois non. La Pologne, nation très catholique, est un vrai problème pour Staline : il sait que les Polonais aspirent à plus de démocratie, et qu’une grande partie de l’opinion n’est pas solidaire des communistes. Le PPR, principal parti communiste, a estimé que seulement 27% des polonais voteraient oui aux trois questions (et le PSL avait estimé à 15% le nombre de « trois fois TAK »), autrement dit, le seul moyen pour les communistes de prendre le pouvoir définitivement serait de truquer les votes, ce qui sera, bien entendu, effectué, mais le plus discrètement possible : de nombreux médias occidentaux couvrant le referendum. A Kielce, dans le sud-est de l’actuelle Pologne, les rares survivants (environ 200) de l’holocauste sont revenus chez eux depuis quelques mois. Le 3 Juillet, un jeune chrétien, Henryk Blaszczyk, disparu depuis deux jours est retrouvé. Celui-ci affirme avoir été victime des juifs, qui l’auraient enlevé et projeté de l’assassiner. D’après lui, les juifs utilisent le sang des jeunes chrétiens pour la préparation du pain azyme (à noter que cette rumeur concernant le pain azyme remonte à l’époque médiévale…), et d’entreposer les cadavres sous le kibboutz, situé non loin du siège de la Police Politique communiste (bien que celle-ci n’aie pas encore sa vocation future, la Pologne restant pour quelques jours encore une semi-démocratie). Le 4 Juillet au matin, la police polonaise effectue une perquisition au kibboutz, sans trouver quoi que ce soit, arrêtant cependant 2 juifs. Vers 10 heures, un premier coup de feu est tiré, en représailles (bien que rien ne confirme que ce coup de feu provienne d’un tireur juif), la police exécute le président du comité Juif de Kielce, Seweryn Kahane, alors que celui-ci demandait de l’aide pour soigner un blessé, lequel sera achevé par un officier militaire. Les juifs, pour se défendre, finissent par tuer 2 polonais (bien que la version officielle de la République Populaire de Pologne affirme que les 3 polonais ont été tués en se défendant face aux juifs). La population chrétienne de Kielce est désormais prise à partie, aidant la police à pourchasser les juifs, lesquels sont exécutés dans leurs maisons, où massacrés par la foule dans la rue. Si les méthodes de massacre ne diffèrent guère des pogroms Ukrainiens de 1941-1944, le fait que les représentants des autorités communistes participent est à souligner. Entre 600 et 1000 polonais chrétiens participent au pogrom, en comptant les militaires et policiers et les membres du PPR, lesquels ne font rien pour stopper la violence. Vers 15 heures, on compte une vingtaine de juifs morts, quand une unité de cadets de l’école militaire rejoint les manifestants. Leur arrivée fait augmenter la violence en intensité, et a 18 heures, s’achève le massacre, avec l’arrivée depuis Varsovie d’une unité militaire de Sécurité, envoyée par le colonel Stanislaw Kupsza. Cependant, les juifs envoyés dans les hôpitaux sont victimes de violences, de même que les passagers d’un train à la gare de Kielce. Dans les jours qui suivent, la violence diminue progressivement, et la vie reprend son cours, on dénombrera 37 morts juifs. Le gouvernement Polonais décide de sanctionner ceux qui ont participé au pogrom, ainsi, neuf personnes sont condamnées à mort, et trois à la prison a perpétuité. Cependant, ces condamnés ne sont que des civils n’appartenant pas au PPR (ou a un parti « frère »). Les policiers, militaires et agents de l’UBP (police politique), jugés pour « n’avoir pris aucune mesure pour empêcher la foule de commettre des crimes » seront tous acquittés, à l’exception de Wiktor Kuznicki, commandant de la milice civique de PPR, lequel passera un an en prison (décédé en prison en 1947). De son côté, le pape (Pie XII), ni ses successeurs ne condamnèrent le pogrom, pas plus qu’ils n’avaient condamné l’holocauste. Ainsi s’achevait ce pogrom, dernier d’une longue série. Cependant, quel est donc le rapport entre le referendum du 30 Juin 1946, le procès de Nuremberg et enfin, ce pogrom ? Le referendum, placé en plein procès de Nuremberg, a permis aux communistes de bénéficier d’une couverture médiatique moindre que celle des chefs Nazis, malgré tout, il semble que celle-ci semble restée importante, trop en tout cas pour le gouvernement provisoire Polonais. Le pogrom aurais permis de détourner l’attention des médias vers Kielce plutôt que vers le vote. Ainsi, il aurait été préparé par les autorités communistes, comme le suggérait Henryk Blaszczyk au début des années 1990, en affirmant avoir été manipulé par son père et la police politique. Cependant, on doit noter que, même si l’antisémitisme était très répandu en Pologne, le communisme Stalinien n’a commencé à prendre une tournure antisémite qu’a partir de 1948, et encore plus au début de l’année 1953 (jusqu'à la mort de Staline), avec le complot des blouses blanches. De leurs côtés, les résultats du référendum, rendus publics le 12 Juillet, donnent une participation de 90,1% (dont 97,2% de bulletins valides). La première question, sur le Senat, voit la victoire du oui pour 68%. La réforme économique est votée à 77,2%, et la question des frontières à 91,4%, ainsi, 68% des Polonais auraient voté oui aux trois questions. Un an plus tard, les communistes occupent 394 des 460 sièges de l’assemblée, et le 16 Décembre 1948, tous les partis sont fusionnés au sein du Parti Ouvrier Unifié Polonais, parti unique, Stalinien. La Pologne débutait plus de 40 ans de « socialisme ».


Le pogrom de Kielce, dernier pogrom en date en Europe, même s’il n’était pas forcément désiré par le pouvoir communiste, a en tout cas aidé celui-ci à truquer les élections, et à asseoir son pouvoir. Les juifs polonais, eux, après avoir longtemps hésité entre la Palestine et leur terre natale, choisissent en grande majorité, la voie de la Palestine mandataire laquelle commence déjà à s’embraser entre les juifs immigrés, victimes de la Shoah, voulant créer un Etat Juif, les Palestieniens, sur leur terre d’origine, eux aussi, et enfin les britanniques, occupants désireux d’éviter tout débordement avant leur départ en 1948. Si le pogrom de Kielce n’est pas la cause unique du départ massif des juifs d’Europe, il contribue grandement au départ de ceux de l’Europe Stalinienne, et peut-être même contribua-t-il à l’atlantisme d’Israël durant la guerre froide, et par là même, à l’anti-américanisme du moyen orient.


Notes :

- La conclusion touchant un sujet sensible, qu’est celui d’Israël, de la Palestine, et du Moyen-Orient en général, je me permets de préciser mon opinion personnelle concernant le sujet : Israël à droit a un territoire, mais la Palestine également. La colonisation des territoires Palestiniens par Israël est une grave erreur, Israël se permettant aujourd’hui de faire subir des actes subis par eux-mêmes il y a 70 ans (expropriations…), et n’ayant au final, pour conséquence, que l’augmentation du risque terroriste (aussi condamnable soit il, il se comprend malgré tout). Tout commentaire concernant cette note sera supprimé afin d’éviter toute polémique. Merci de votre compréhension.

- Les articles n'arriverons pas ponctuellement, mais en fonction de mes envies d'écrire. Donc je ne met aucun planning, j'essayerais de faire deux ou trois articles par mois, désormais. (Pour l'anecdote, j'ai fais 3 tentatives avant de trouver un sujet pour cet article).

- Tout à fait personnel, et sans rapport avec mon article : Après des vacances en Normandie (Cotentin), je vous conseille les Musées Utah Beach et de l'occupation à Ste-Marie du Mont, ainsi que le musée Airborne de Ste-Mère de l'Eglise (où le mannequin de John Steels est toujours autant pris en photos !), où encore le Dead's Man Corner Museum a la sortie de Carentan (bien que la boutique m'aie assez surpris...) et pourquoi pas, suivre l'itinéraire de l'armée de Patton pour la libération de Cherbourg (Objectif un port) sur la voie de la Liberté. (La région Normandie propose plusieurs itinéraires sur la libération de la région, tant sur les opérations vers Cherbourg, que sur l'opération Cobra (percée d'Avranches)... Si vous avez quelques jours à passer dans la région, pensez y !


Crédits photos : (de haut en bas, de gauche à droite)

- Varsovie, 1945 :

http://www.poloniatoday.com/

- Juifs à Kielce, occupation Allemande (1939-1945, date non précisée) :

http://www.holocaustresearchproject.org/

- Enterrement des victimes du Pogrom :

http://www.holocaustresearchproject.org/
- Armoiries de la République Populaire de Pologne :

http://www.wikipedia.org/

- Logo du PZPR (Polska Zjednoczona Partia Robotnicza, Parti ouvrier Unifié Polonais) :

http://www.wikipedia.org/

mardi 15 juillet 2008

The Times, thanks !

Le Times a mis en lignes ses archives de 1785 a 1985, autant dire, une véritable mine d'or pour tout amateur d'histoire !
De Louis XVI sur la guillotine au Watergate, que demander de plus... Les archives de 1985 a 2008 ?

C'est disponible sur :
http://archive.timesonline.co.uk/tol/archive/
(enfin, c'est aussi disponible dans la catégorie liens)

Attention : il est possible que les archives deviennent payantes au bout d'un certain temps, donc profitons-en !

Du nouveau ?

Cela fait plus de 3 mois qu'aucun nouveau billet n'a été écrit. Mais ça va revenir. Je vais essayer d'en faire un par semaine, dès la mi-Août.
En vous souhaitant un très bon été !

mercredi 2 avril 2008

Cinéma : Les femmes de l'ombre

Un peu absent ces derniers temps...

Je passe, afin de vous signaler le dernier film que je suis allé voir :
Les femmes de l'ombre (sorti il y a un mois déja...)

Un très bon film, sur le rôle des femmes dans la résistance à l'occupation Nazie de la France, entre 1940 et 1944. Le film se déroule en Juin 1944, quand un groupe de résistantes est censé être parachuté en France et assassiner l'officier SS Heindrych. Un fait a noter, l'absence de "glorification" de la "France eternelle" comme souvent dans ce genre de film. Une bonne chose. Il n'y avait pas que des resistants, et les Vichystos-Resistants furent légion (a voir dans le Film).

A voir avant qu'il ne disparaisse des écrans...

mercredi 12 mars 2008

La mémoire s'efface...

Article : LE MONDE.fr

Il était, en France, le dernier ancien combattant de 14-18, l'ultime rescapé parmi les 8,5 millions d'hommes mobilisés en bleu horizon. Le der des der. Lazare Ponticelli est mort, mercredi 12 mars, au Kremlin-Bicêtre, à l'âge de 110 ans.

Ce survivant nous reliait physiquement à des photos défraîchies de pioupious en capote, les bandes molletières tirebouchonnées sur les brodequins, à des images tournées à la manivelle d'hommes hirsutes, le regard vide, enterrés vivants dans les tranchées. Avec sa disparition, la première guerre mondiale s'enfonce un peu plus dans les brumes du passé.

Tant qu'il l'a pu, le vieil homme aura témoigné sur le conflit, encore et encore, même quand ne sortait plus de sa bouche qu'un filet de voix à peine intelligible. Alors que beaucoup de vétérans s'étaient claquemurés dans le silence pour ne pas avoir à raconter l'horreur, Lazare Ponticelli avait choisi de dire l'indicible. Il assumait ce devoir pour ceux qui n'avaient pas eu la chance de s'en tirer.

"Tous ces jeunes tués, je ne peux pas les oublier. Quel gâchis !" Alors, pour eux et pour la gloriole, Lazare ouvrait aux solliciteurs sa petite maison acquise dans les années 1920, au Kremlin-Bicêtre. Au milieu des meubles patinés, les histoires de cet homme qui avait fréquenté trois siècles étaient une remontée dans le temps. C'était aussi une leçon d'humanisme apprise en enfer.

Ses souvenirs de la vie quotidienne d'un simple soldat, d'un poilu, préservaient de l'oubli ou, pire, de la réécriture dogmatique. S'y mêlaient sens du devoir, écœurement, obéissance, héroïsme, révolte, fraternité. Ses bribes remontant au hasard de la mémoire résumaient les contradictions qui traversaient les combattants, emportés sans toujours comprendre, broyés par des événements qui les dépassaient.

Il nous parlait d'eux, ses camarades, et des autres, en face, pas si mauvais bougres, finalement. La narration semblait mécanique. Mais une larme surgissait sur le rebord des yeux et roulait lentement sur la joue. Elle remontait de quatre-vingt-dix ans.

Parfois, le narrateur prenait des licences avec la chronologie. Les scènes s'embrouillaient. De quoi faire tiquer les historiens. Mais fallait-il prendre ces souvenirs au pied de la lettre ? N'était-ce pas plutôt l'esprit qui comptait ? L'accumulation d'anecdotes formaient la geste du poilu, racontée par le dernier d'entre eux.

Chaque 11 novembre, Lazare allait à pied au monument aux morts du Kremlin-Bicêtre, râlait contre les discours ampoulés, emphatiques, "toujours trop longs". Il se rendait aussi dans les écoles à 100 ans passés et martelait la même supplique. "Aux enfants, je leur dis et je leur répète : ne faites pas la guerre."

La vie de Lazare Ponticelli était exemplaire pour bien plus que cette parenthèse terrible de quatre ans. C'était aussi l'histoire d'un émigré italien illettré, enfant de rien devenu patron d'une multinationale. Le parcours d'un "Rital" qui voulait absolument se battre pour cette France qui l'avait toléré, puis renié, enfin reconnu sur le tard comme un des siens.

"J'AI VOULU DÉFENDRE LA FRANCE PARCE QU'ELLE M'AVAIT DONNÉ À MANGER"

Lazare fut longtemps Lazzaro, né le 7 décembre 1897, à Bettola, en Emilie Romagne. Il est issu d'une famille pauvre de sept enfants. Un frère puis son père meurent en 1903. La mère abandonne la famille qui se disperse. La sœur aînée emmène une partie de la fratrie "au paradis", là où il y a du travail, en France. Trop jeune, Lazare reste en Italie. Il est confié à une marâtre.

A 9 ans, n'ayant aucune nouvelle des siens, Lazare décide de partir à son tour. Il prend le train pour Paris, débarque gare de Lyon sans parler un mot de français, ne sachant ni lire ni écrire. Il erre trois jours dans la salle des pas perdus, est recueilli par une famille italienne qui le prend en pitié et l'héberge quelques mois.

Lazare devient ramoneur et crieur de journaux. Dès la déclaration de guerre, trichant sur son âge, l'Italien s'engage. Il intègre le premier régiment de marche de la légion étrangère de Sidi Bel Abbes, y retrouve par hasard son frère Céleste. "J'ai voulu défendre la France parce qu'elle m'avait donné à manger", explique Lazare. Après un mois d'instruction, il est envoyé au front, sous les ordres d'un descendant de Garibaldi.

Il participe à la confusion des premiers mois. Son premier fait d'arme est d'avoir, alors qu'il était de garde, blessé un général au mollet. Il assiste à l'hécatombe, soigne son frère, blessé au combat. Le régiment perd un quart de ses effectifs en trois semaines. "Au début, nous savions à peine nous battre et nous n'avions presque pas de munitions. Chaque fois que l'un d'entre nous mourait, on se taisait et on attendait son tour." Il crapahute dans la guerre de mouvement (Soissons, Vitry-le-François, l'Argonne), survit à la pagaille. Puis il creuse les premières tranchées d'un conflit qui s'organise pour durer.

Lazare Ponticelli aimait raconter ce jour où un homme s'était retrouvé blessé dans le no man's land qui séparait les lignes. Les brancardiers n'osaient s'aventurer sous le feu. "Il hurlait : Venez me chercher, j'ai la jambe coupée. Je n'en pouvais plus. J'y suis allé avec une pince. Je suis d'abord tombé sur un Allemand, le bras en bandoulière. Il m'a fait deux avec ses doigts. J'ai compris qu'il avait deux enfants. Je l'ai pris et je l'ai emmené vers les lignes allemandes. Quand ils se sont mis à tirer, il leur a crié d'arrêter. Je l'ai laissé près de sa tranchée. Il m'a remercié. Je suis reparti en arrière, près du blessé français. Il serrait les dents. Je l'ai tiré jusqu'à nos lignes, avec sa jambe de travers. Il m'a embrassé et m'a dit : Merci pour mes quatre enfants. Je n'ai jamais pu savoir ce qu'il était devenu."

En 1915, Lazare se bat du côté de Verdun lorsque l'Italie, le 24 mai, se range aux côtés des Alliés. Un officier le fait rechercher dans les tranchées. "Tous les Italiens devaient retourner se battre chez eux." Le légionnaire proteste, souhaite rester. "Je pensais que m'être battu pour la France avait fait de moi un Français." Déception. "Ils m'ont dit : Il faut vous en aller ." Il est démobilisé de force, rentre à Paris, se cache six semaines, tente de se réengager dans l'armée française, est finalement transféré entre deux gendarmes à Turin.

"JE TIRE SUR TOI MAIS JE NE TE CONNAIS MÊME PAS. SI SEULEMENT TU M'AVAIS FAIT DU MAL"

Il enfile à regret l'uniforme italien, intègre les chasseurs alpins, se retrouve dans le Tyrol, enterré dans la neige face aux lignes autrichiennes. Ses compagnons parlent couramment l'allemand. Les deux camps s'envoient des messages avec un élastique puis sympathisent. "Ils nous donnaient du tabac et nous des boules de pain. Personne ne tirait plus."

Les hommes organisent même des patrouilles communes. La farce dure trois semaines, manque de se terminer devant un conseil de guerre. "L'état-major nous a déplacés dans une zone plus dure." En 1916, il est sur le Monte Cucco, qui sera le théâtre d'une terrible bataille l'année suivante. Les hommes multiplient les assauts stériles et dévastateurs, affrontent les gaz sans masque.

Lazare reste plus de deux jours derrière sa mitrailleuse. Des éclats d'obus lui grêlent le visage. Aveuglé par son sang, il parvient à bloquer des Autrichiens qui se sont réfugiés dans une caverne. Sa section fait deux cents prisonniers. Le héros blessé est envoyé à l'arrière. Il est opéré sans anesthésie, des hommes le maintiennent cloué sur la table d'opération pendant que le chirurgien creuse la plaie et la badigeonne d'alcool.

Ses faits d'arme valent à Lazare une citation mais également un dégoût absolu de cette guerre. "Je tire sur toi mais je ne te connais même pas. Si seulement tu m'avais fait du mal." La révoltante absurdité des combats est traversée d'infimes moments de bonté dont la rareté fait la valeur.

"Mon meilleur souvenir en Italie, ce sont les lettres que ma marraine de guerre, une porteuse de lait que j'avais rencontrée avant de partir au front, m'envoyait. Ne sachant à l'époque ni lire, ni écrire, ce sont des copains qui m'aidaient à correspondre avec elle." Après quelques semaines de convalescence à Naples, Lazare est renvoyé en 1918 sur le front, vers Montello, où il apprend l'Armistice. Autrichiens et Italiens, "tous les gars levaient les bras en l'air".

Lazare est contraint de rester sous l'uniforme italien. Il apprend par hasard la mort d'une de ses sœurs, Catherine, victime de la grippe espagnole. En 1920, l'armée italienne souhaite le démobiliser. Il refuse : il veut l'être sous l'uniforme français, avec lequel il a commencé la guerre, ce qui lui permettra de revenir légalement dans ce pays. Il lui faut à nouveau se battre, cette fois contre l'absurde administration. Il obtient finalement gain de cause. Il revient à Paris, avec cinq francs en poche.

Il redevient ouvrier. Avec Céleste et un autre frère, Bonfils, il monte une entreprise de ramonage et de chaudronnerie. Il se marie en 1923 avec une Française, Clara, dont il a trois enfants. Lazare n'obtiendra la nationalité française qu'en 1939, à la veille de la déclaration de guerre. Il veut encore se battre mais est jugé inapte au service parce que trop âgé. Il traverse sans déshonneur l'Occupation.

Après la Libération, sa société Ponticelli frères continue de prospérer. Elle se diversifie, notamment dans les travaux publics et l'extraction pétrolière, prend une stature internationale. Le groupe a aujourd'hui un chiffre d'affaires de 480 millions d'euros et emploie 3800salariés. Lazare Ponticelli en abandonnera progressivement les rênes dans les années 1960.

Il lui restait à honorer la promesse faite à ses camarades des tranchées. "Quand nous montions à l'assaut, nous nous disions : Si je meurs, tu penseras à moi. " Ne jamais les oublier : le dernier rescapé aura respecté jusqu'au bout ce serment.

SOURCE : LE MONDE
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/03/12/lazare-ponticelli-le-dernier-poilu-francais-est-mort_1022170_3224.html#ens_id=1022144

Michel Debré, le Dernier Gaulliste

De la famille Debré, on connaît Jean-Louis, né en 1944, ancien ministre de l’intérieur des Gouvernements Jupé, ancien président de l’Assemblée Nationale Française et actuellement Président du conseil constitutionnel. On connaît également, dans une moindre mesure, Bernard, son faux-jumeau, maire du 16e arrondissement de Paris. On connaît également Robert Debré, le père de la pédiatrie moderne, décédé en 1978 à 96 ans. Pourtant, s’il y a un Debré qui devrait marquer l’histoire de France, c’est « l’intermédiaire ». Michel Debré, l’un des fondateurs de la Ve République, premier ministre de De Gaulle, l’un des derniers Gaullistes candidats aux présidentielles, aussi.

Michel Debré est né le 15 Janvier 1912 à Paris, il est le fils de Robert Debré et le petit-fils du rabbin Simon Debré. Il fait ses études au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand, et est diplômé de l’Ecole Libre de Sciences Politiques. Il effectue son service militaire à l’école militaire de cavalerie de Saumur. En 1938, il est nommé conseiller auprès du ministre des finances, Paul Reynaud. A l’âge de 27 ans, il est mobilisé en tant qu’instructeur d’élèves-officiers de cavalerie, puis est affecté à une unité combattante et participe à la drôle de guerre. En Mai 1940, l’invasion de la Belgique et des Pays-Bas par les troupes Allemandes, et le contournement de la ligne Maginot ne lui permettront cependant pas de participer aux combats, il est en effet fait prisonnier à Artenay (Loiret) le mois suivant. En Septembre 1940, il s’évade cependant et rejoint le conseil d’Etat, ou il travaille depuis 1934. D’abord favorable à Weygand et Pétain, il est chargé de diverses missions par l’Etat Français (au Maroc notamment, d’Avril à Octobre 1941). Bien que d’origines Juives, il retourne ensuite au conseil d’Etat, où il prête serment au Marechal Pétain, avant d’être nommé maître des requêtes par le ministre de la Justice du gouvernement Laval, Joseph Barthélémy. Malgré ses fonctions administratives, il participe de 1940 à 1943 à la Resistance à l’occupation. Le 11 Novembre 1942, la Wehrmacht pénètre en zone sud. Jusqu’alors Maréchaliste (favorable au réarmement de la France par Pétain, afin de se retourner contre l’Allemagne), il perd ses illusions et en Février 1943, il rejoint la résistance par le réseau Ceux De La Resistance. Très vite, il se rapproche de De Gaulle, et à l’été 1943, Debré est chargé par le Général de faire la liste des préfets susceptibles de remplacer ceux nommés par Vichy, après le débarquement. Le 2 Juin 1944, le Comité Français de Libération Nationale devient le Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF), et même s’il n’exerce aucune fonction dans ce gouvernement qui prend pied en territoire métropolitain en Juillet). En Août 1944, il est nommé commissaire de la République pour la région d’Angers et est chargé de mission pour la réforme de la fonction publique en Août 44 (quelques jours après la fin officielle du régime de Vichy, 9 Aout 1944). S’inspirant d’une idée d’avant-guerre de Jean Zay (assassiné par la milice en 1944), il crée ainsi l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) en Novembre 1945. En Janvier 1946, le Général De Gaulle, hostile à la proposition de constitution (qui sera adoptée pour la IVe République), démissionne et est remplacé par Félix Gouin. Celui-ci ne conservant pas Debré, ce dernier retrouve son poste à la fonction publique, sans pour autant quitter la politique. Sur les conseils de De Gaulle, il à adhéré à l’Union Démocratique et Socialiste de la Résistance, mais la quitte en 1946 au moment de sa fusion avec le Patri Démocrate Populaire. Il rejoint finalement le Parti Radical-socialiste, qu’il quitte un peu plus tard pour le Rassemblement du Peuple Français, se rapprochant ainsi un peu plus de De Gaulle. En Octobre 1948, il est élu pour la première fois Sénateur d’Indre-et-Loire à 36 ans et est réélu en 1955. Opposé à la Communauté Européenne de Défense et à l’Otan, très patriote, Debré fonde le journal « Le courrier de la colère » en 1957, et ce pour défendre les intérêts de l’Algérie Française, et pour rappeler De Gaulle au pouvoir. Le 2 Décembre 1957, le Sénateur écrit « Que les Algériens sachent bien que l'abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime qui met ceux qui le commettent, ou s'en rendent complices, hors-la-loi et ceux qui s'y opposent, quel que soit le moyen employé, en état de légitime défense. ». En écrivant une telle phrase, Debré met le feu aux poudres, et est, finalement, l’instigateur de l’OAS… En 1958, la IVe république est en crise, la faute à la crise Algérienne. La menace d’un coup d’Etat militaire est dissipée en Mai 1958 avec le retour de De Gaulle au pouvoir. Profitant de l’occasion, Michel Debré est nommé Garde des Sceaux, chargé de rédiger la future constitution. Malgré son bref passage, il en profite aussi pour réformer les institutions de la justice Française. En Octobre 1958, un referendum sur la constitution est adopté, et Debré est nommé premier ministre, le premier de la Ve république en Janvier 1959. A ce poste, Debré va assister à la création de la force de dissuasion nucléaire Française, ainsi qu’au redressement économique d’une France encore très marquée par la guerre. Il crée également le Centre d’Etudes Spatiales. En outre, il est au premier rang des responsables Français de la guerre d’Algérie, celle qui causera sa chute. Le 14 Avril 1962, opposé au referendum sur l’autodétermination Algérienne consécutif aux accords d’Evian (le OUI l’emporte), il est remplacé par De Gaulle, son successeur est Georges Pompidou. En Novembre, il est battu aux élections législatives en Touraine, avant d’être élu en 1963 député de la Réunion. Il y pratiquera une politique très coloniale, allant jusqu'à déplacer des populations vers la métropole, pour éviter toutes revendications indépendantistes. Il démissionnera ce poste en 1988. Entre temps, Debré est de retour au gouvernement. De 1966 à 1968, il est ministre des finances, puis ministre des affaires étrangères en 1968-1969. Opposé à De Gaulle sur le referendum concernant la décentralisation, il appelle cependant à voter oui, mais le non l’emporte. De Gaulle démissionne, Pompidou est élu président, mais conserve Debré au ministère de la défense. Entre temps, il est devenu maire d’Amboise (Indre-et-Loire) en 1966, mais en 1970, il perd son poste de conseiller général d’Indre-et-Loire. En 1973, il quitte le gouvernement, et retrouve son poste de conseiller général en 1976. En 1979 il est élu député Européen, pour un peu moins d’un an. En 1981, il se présente à l’élection présidentielle, mais subit un grave revers, en ne recueillant que 1,66% des voix. Il se retire de la scène politique nationale, tout en conservant ses mandats, jusqu’en 1992. En 1988, Michel Debré est nommé à l’académie Française. A Montlouis-sur-Loire (I-et-L), le 2 Août 1996, la France perd le père de sa constitution.

Adepte d’une politique colonialiste, patriote, gaulliste, très républicain, Michel Debré est un personnage marquant de l’histoire politique Française de l’après-guerre. Très proche de De Gaulle, devenu un résistant actif en 1943, comme de nombreux Français, il est marqué par une très forte obéissance au chef de la France libre et futur président, allant jusqu’a se contredire en privé et en public. En 1981, il est cependant, sans conteste, le dernier Gaulliste à pouvoir prétendre à l’Elysée, force est de constater, que le Gaullisme était mort avec Pompidou 7 ans plus tôt. Plus que tout autre membre de la famille Debré, Michel Debré aura marqué l’Histoire de la France, tout en étant si vite oublié, comme tout ces hommes, dans l’ombre de De Gaulle.

Note :

Debré fut le premier chef de gouvernement Français à avoir un ministre noir dans son gouvernement. Il s’agissait de Félix Houphouët-Boigny (1905-1993), ministre d’Etat (1959-1961), et premier Président de la Côte d’Ivoire (1960-1993).

Credits photos :

Photo M. Debré : http://wikipedia.org/

Manifestation, mai 1968. Avec J. Chirac : http://www.jeanpaulcharie.fr/

Ministre de la Défense : http://hpbimg.hemaridron.com/

samedi 8 mars 2008

1916 : 10 mois pour rien. Verdun, terre et villages dévastés.

Demain se déroule partout en France le premier tour des élections municipales. Les maires ont été crées en 1790, c’est à dire à peut de choses près en même temps que les communes (qui d’ailleurs, ne sont pas une grande invention… Chaque paroisse de 1789 étant devenue une commune en 1790). Les communes françaises sont pour la plupart peuplées. Pourtant, il existe 6 communes en France, entièrement vidées de leurs habitants, et qui ont, cependant, un maire. Ce sont les communes « Mortes pour la France » durant la bataille de Verdun, en 1916.

En 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France par le jeu des alliances européennes, et le conflit s’enlise rapidement, jusqu'à devenir une guerre de position. On ne se bat plus pour des objectifs, mais pour 100 mètres en avant, tout en sachant que 3 jours plus tard, il faudra reculer de 100 mètres… Sur ce champ de bataille fixe, on se souviendra de Verdun, théâtre d’offensives, de contre-offensives, bien plus meurtrières qu’efficaces. La ville de Verdun en elle-même ne présente que très pu d’intérêt stratégique, tant pour les troupes Allemandes que pour les Français. En revanche, la ville est très bien défendue, par les forts de Douaumont, de Vaux et de Souville, ainsi que par les collines avoisinantes. Bien défendue, tout du moins, en apparence : en effet, l’Etat Major Français n’a installé à Verdun que très peu d’homme, et le Général Allemand Falkenhayn en profite donc, pour attaquer. Avant d’attaquer, l’armée allemande - qui n’a pas besoin d’hommes en plus sur ce secteur – concentre des canons d’artillerie (1255 au total), pour préparer le terrain aux troupes de l’Empire. S’il est compréhensible que la préparation Allemande ai alerté les quelques troupes Françaises stationnées sur la zone de Verdun, et commandées par Robert Nivelle, il est en revanche bien moins explicable le refus de Joffre (quasiment jusqu’au dernier moment) d’envoyer des troupes en renfort pour défendre la ville face aux 20 divisions Allemandes. Au contraire, l’Etat Major Français retire même deux batteries de défense ! Finalement, le 21 Février 1916, Falkenhayn lance l’offensive, le premier obus tombe sur la vieille ville de Verdun en début de matinée. La bataille durera 10 mois, et sera le théâtre d’une abominable boucherie. En fin de journée, les troupes Allemandes ont progressé de quelques centaines de mètres, sur un front de 6km. Les Français cependant, tombent par centaines dans les premiers jours de la bataille. Le 25 Février, les troupes Allemandes prennent le contrôle du fort de Douaumont, mais la progression reste extrêmement lente, même si le moral des Français est ébranlé par cette nouvelle. En cette fin d’hiver, la pluie redouble, et le sol, labouré par les obus, devient instable et glissant, c’est une « chance » pour les troupes Françaises, puisque cela ralentit fortement la (déjà lente) progression Allemande. Après 10 jours de combat, les objectifs de Falkenhayn sont loin d’être atteints, et l’Etat Major Français reprend espoir. Joffre envoie des soldats en renfort et remplace Nivelle par celui qui s’illustrera brillamment (et s’illustrera bien plus tristement dans 25 ans) le Général Philippe Pétain. Dans un premier temps, Pétain consolide la défense Française, et demande l’aide de l’artillerie, avant de s’atteler à la logistique : il met en place une liaison de ravitaillement, la voie sacré. Désormais Verdun devient un point de combat essentiel, de chaque côté du front. Petit à petit, le combat tourne en faveur des Français, mais au prix de nombreuses pertes. On se bat pour une colline (le mort-homme). Finalement, fin Mars, l’armée Française stoppe les Allemands, et l’espoir renait, alors que Pétain lance

« Courage… on les aura ! »

En Avril, près d’un million d’hommes s’affrontent, et Joffre remet Nivelle, alors que Pétain est nommé à l’Etat Major. Nivelle est beaucoup plus offensif (ce qui sera d’ailleurs la raison de sa perte en 1917, à la bataille du chemin des dames), et il ordonne la reprise du fort de Douaumont. Le 22 Mai, après plusieurs semaines de combat, le fort est repris par l’armée Française, laquelle est délogée deux jours plus tard. Le Fort de Vaux tombe aux Allemands le 6 Juin, après une résistance acharnée des quelques hommes présents sur place. Le Kronprinz félicitera même le commandant Raynal pour sa défense du fort. Falkenhayn reprend espoir à la mi-juin 1916, et lance un assaut sur la ville le 18 Juin. Les Français le repoussent le 23. Les Allemands, majoritaires en nombre, doivent cependant réduire leurs effectifs : les britanniques attaquent dans la Somme, et les Russes lancent des offensives à l’Est. Le 11 Juillet, l’armée Allemande lance une dernière offensive, elle est repoussée à 3km de Verdun. Les Allemands évacuent Douaumont le 23 Octobre et Vaux le 2 Novembre. A la mi-décembre, les troupes ont repris leurs positions d’il y a dix mois. La bataille aura fait 306 000 morts sur un front de 6km, pour rien, il n’y a finalement, aucun vainqueur.

Mais dans ce récit de la terrible bataille de Verdun, on en oublie que Verdun n’est pas la seule ville à avoir été touchée dans la bataille. Une dizaine de communes seront également touchées, certaines, sur le tracé exact du champ de bataille, seront réduites à néant. Elles sont six : Beaumont-en-Verdunois, Bezonvaux, Cumières-le-Mort-Homme, Fleury-devant-Douaumont, Haumont-près-Samogneux et enfin Louvemont-Côte-du-Poivre. Situées après la guerre en zone rouge, à cause de la présence d’obus (encore aujourd’hui), elles ne seront jamais reconstruites. En 1919, ces six communes sont nommées communes Mortes pour la France. Tous les six ans, le préfet de la Meuse nomme dans chacune de ces six communes, un conseil municipal constitué de trois personnes, afin de ne pas oublier que la bataille de Verdun fut une boucherie, ayant emporté des milliers d’hommes, et six communes. 6 communes, sur près de 4 000 touchées par les destructions de la guerre. Près de 7% du territoire métropolitain.

Note : Demain, n’oubliez pas : votez !

credits photos :

Mémorial de Douaumont : http://www.anciens-combattants-armeniens.org/

Voie Sacrée : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/

Affiche de Propagande Française “On les aura” http://users.skynet.be/ermeton1914/

Fleury-devant-Douaumont http://www.thbz.org/